La défense des sans-logis et des mal-logés

ECHOS DE LA RENCONTRE TRIMESTRIELLE

Dimanche 22 janvier 2012 à 14h30

Table ronde sur
« la défense des sans-logis et des mal-logés »
avec la participation de l’Évêque Jacques GAILLOT et Maëva ESPINASSE

Cette rencontre trimestrielle était consacrée à un sujet brûlant d’actualité et au cœur des préoccupations du foyer de grenelle ; « La défense des sans-logis et des mal-logés ». Dès le mois de juillet 2011, le Foyer a participé à cette importante mobilisation citoyenne qui a été lancée par les salariés du Samu social, exaspérés de ne pas pouvoir accomplir leur mission d’hébergement d’urgence, faute de crédits suffisants. Un collectif d’associations a été mis alors en place autour du mot d’ordre « Urgence, un toit ! ».

Les intervenants à notre table ronde sont deux leaders de cette mobilisation et c’est pour cette raison que nous les avons invités ; Jacques GAILLOT évêque de Partenia, connu mondialement pour ses positions sociales et politiques qui lui ont valu d’être rétrogradé par son église, et Maëva ESPINASSE, ancienne salariée du Samu social.

Maëva a dressé un état des lieux alarmant de la situation des mal-logés et des sans-logis. La réduction des crédits, le manque de places d’hébergement laissent dans la rue des gens seuls mais aussi des familles entières. Les budgets de création de logements sociaux ont été revus à la baisse également. Cette situation est due en grande partie à la non-application de trois lois qui pourtant sont toujours en vigueur aujourd’hui :

--La loi Solidarité et Renouvellement urbain (S.R.U.) obligeant les communes de plus de 3500 habitants à disposer d’au moins 20% de logements sociaux n’est appliquée que par la moitié des communes concernées.

--La loi « Droit au logement Opposable » promulguée en 2008 n’est pas mise en œuvre jusqu’au bout et les ménages déclarés prioritaires ne sont pas effectivement relogés.

--Il y a en France plus de 2 millions de logements vides et sur Paris près de 136 000. La loi de réquisition des logements vacants qui date de l’après-guerre n’est plus mise en œuvre depuis 1996.

En écho à l’intervention de Maëva ESPINASSE, Jacques GAILLOT a déploré la schizophrénie de nos dirigeants qui d’un côté promulguent des lois tout à fait pertinentes et de l’autre ne les appliquent pas. Il en appelé à une mobilisation des consciences afin que le rapport de force change: tant que la majorité des français qui sont bien logés ne sont pas conscients de ce qu’endurent une minorité de gens, rien ne bougera. Il a aussi appelé à un décloisonnement et à la multiplication des rencontres des uns avec les autres. Quand on est en contact avec des personnes en situation de précarité, notre regard change et notre vision du monde et des autres évolue, nos valeurs sont bousculées. Il a témoigné qu’il avait découvert, au contact de familles sans papier ou sans logement, une autre façon de vivre et d’autres valeurs comme la capacité à vivre au jour le jour et aussi le sens de la fête qui accompagne la lutte au quotidien.

Derrières les chiffres agités par les uns et les autres, il ne faut jamais oublier qu’il y a des personnes et que l’essentiel est là, dans les relations qui se nouent et dans notre capacité à s’émouvoir face au destin d’autrui. En somme, Jacques Gaillot nous a adressé un message simple et élémentaire et cependant central, et il n’a pas manqué de citer cette belle parole du Christ qui déclare à ceux qui ont visité les malades ou les prisonniers et donné à boire et à manger à ceux qui avaient faim et soif : « ce que vous avez fait aux plus petits d’entre vous, c’est à moi que vous l’avez fait ! » Davantage qu’une injonction morale, cette parole résonne comme une promesse qui ouvre nos existences

Christian BOUZY